Dimanche 31 mars 2013 à 23:46




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 J'ai des peines médiocres.
J'ai quatre ans à nouveau. Ou peut-être six.
Je sais dire de quelle couleur sont mes cheveux. Je le sais par coeur. Si bien que six ans plus tard, ou peut-être quatre, quand on me posera la question, je répondrai la réponse apprise. Elle sera fausse. Mes cheveux avaient changé de couleur. Déjà. 
Et quarante ans plus tard ?
J'avais appris mon adresse, par coeur. J'ai déménagé. Où je vis aujourd'hui ?

Mardi 26 mars 2013 à 23:59


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 De l'encre a coulé sous les ponts
Depuis que la pieuvre au ventre 
Gonflé de poison
Ne pond
 plus

Avons-nous retrouvé ce que nous avions perdu
Les ponts d'or jetés sous nos rires sonores,
Quand la boîte de Pandore était close encore ?
Je ne le crois plus.

Avons-nous assez bu
Les dernières gouttes d'encre
Du sang des déchus
Qui nous nourrissaient de leurs peurs éternelles
Nous rendant plus forts, croyions-nous, immortels ?

De l'encre a coulé sous les ponts 
Depuis que la pieuvre au ventre 
Gonflé de poison
Ne ponds plus

Seules debout les deux arches fidèles
Du m de mon amertume,
Se mirant dans le reflet parallèle
Que l'onde offre au ciel,
Laissent couler les larmes amères
Des impuissantes mères
Des mots laissés lettre-morte.




Vendredi 22 mars 2013 à 23:14


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 Dans la largeur d'un vêtement que je tenais entre mes mains : l'espace. L'espace de mon corps. C'était cela ma taille. C'était là la place que je prenais dans le monde.

Devant les miroirs accrochés au mur, on ne peut tricher en les inclinant, au contraire des psychés.
Collés contre la glace pour mieux se toucher, on est toujours étrangers. Seule reste la petite marque de buée produite par notre souffle. Je constate en m'éloignant que là est ma bouche. Pour l'inconnu qui voit mon corps se découper dans l'espace, là est ma bouche, à cette hauteur précise; précisément abstraite pour mon esprit qui dessine dans les limbes de la virtualité les contours incertains d'une silhouette floue, d'une tache qui se dilate.

Car n'est-ce pas toujours le mouvement de notre être, la dilatation? Comment pouvais-je imaginer que l'océan labile de tout ce que j'étais  puisse être contenu dans les lignes délimitées d'un corps arbitraire, soumis à la gravité, à des lois extérieures à mon être profond. Comment supporter dignement cet esclavage à une réalité qui m'était cachée à moi seule et donnée à voir à tous. Comment vivre enfin avec l'humiliation d'être finalement pour tout oeil étranger un objet à la surface délimitée, définissable, insignifiant dans le vaste décor du monde, en se sachant soi-même l'immensité où toute chose naît.

Vendredi 8 mars 2013 à 18:39





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Nous seules savions ce qu'est un corps qui se délite en son fondement.
Nous seules sentions l'interminable fuite de l'eau qui se mêle au sang.
Nous vivions dans l'humilité de notre condition fragile,
Tirant notre force de cette corde sensible 
Au bout de laquelle, un jour, un pendu naîtra.

Monde merveilleux et immonde,
Qui nous couvre d'une honte vive
Devant les regards faussement polis
Qui admirent en nous le flacon d'une ambroisie,
Qui haïssent en nous le calice où dort un venin.

Nous vivons, vaines sirènes 
Dont les voix pleines gémissent,
Dans les cavernes humides
D'un corps timide
Qui glisse vers les jours à venir
Dans la douce mollesse 
De son mouvement cyclique.

Vendredi 14 décembre 2012 à 21:18

 



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J'avais cette chance. N'est-ce pas ? Cette chance sans doute, c'est comme ça que l'on dit. De pouvoir tisser de mes yeux flous la toile lumineuse qui reliait la tour Eiffel au Panthéon. De compter parmi les pieds de Paris, sur les pavés, de soutenir en avançant, par petits pas pressés, cette énorme chenille.

C'était là qu'était ma vie aujourd'hui, dans ce que mon coeur caressait comme des visions quotidiennes et qui, pourtant, m'échappait par son impersonnalité, par son indifférence au temps. Toujours. Toujours déjà là, d'un temps qui me fascinait car il ne m'appartenait pas. Et je m'émerveillais autant que l'on peut s'émerveiller lorsque l'on s'ordonne de se saisir comme un personnage d'un tableau, lorsque l'on s'ordonne de profiter et que l'on se représente comme hors de soi, lorsque l'on se représente comme nous verrait un parent ou un ami qui nous imagine au coeur de Paris, qui projette notre visage sur l'arrière fond fantasmé d'un décor de film, d'une photographie, d'un lieu raconté. Je m'ordonnais donc de m'émerveiller, contrairement au corps que j'incarne dans la vie triviale et instantanée où mes impératifs sont autres, où le temps et l'espace sont quadrillés.

Vivrai-je un jour au-dessus de ces parcelles, comme le personnage d'un tableau? Dans cette écume infime de la vie que le temps n'écrème pas et que, marginal pourtant, l'on fixe, plus tard, comme l'incarnation d'une époque. Saurai-je vivre mon époque, dans ce qu'elle a de vivant et de singulier, au-delà du pragmatisme éternellement répétitif des époques successives, enseveli ?


C'est dans la fulgurance d'une minute hors du temps que j'ai besoin de faire entendre ma voix, et que je la sens prête à s'élever, en contre-chant, sur la voix que j'entends et qui me berce. Mais la mienne reste alors chuchotée dans ma poitrine. Dans le silence je me tais à nouveau.

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